Philosophie de la raison

Pourquoi « pourquoi la philosophie ? » et pas « pourquoi la science ? » ?

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« Pourquoi la philosophie? ». Il semble que cette question vienne naturellement et en tout premier lieu à l'esprit de beaucoup.
Or nous ne nous posons pas la question « pourquoi la science  » : pourquoi ? C'est probablement que la réponse nous apparaît comme évidente. Et je pense que la réponse admise dans la plupart des cas est que la raison d'être de la science est de permettre la technique et la technologie. Mais cette réponse est à mon sens incomplète et motivée par une démarche d'esprit égocentrique ; la technique et la technologie sont le résultat de notre capacité de maîtrise de la réalité, et cette capacité repose sur la connaissance et la compréhension de cette réalité. Si la raison d'être de la science est bien la maîtrise du réel, son objet est la recherche de la connaissance/compréhension de la réalité. Le «  pourquoi  » de la science est donc la maîtrise du réel ET la nécessité pour cela, de la connaissance et de la compréhension de ce réel.
La réponse à la question du «  pourquoi  » de la philosophie, est de manière analogue la nécessité de la connaissance et de la compréhension du réel; dans ce cas, considéré à son plus haut degré de généralités. La différence avec la science est que la philosophie ne débouche pas directement sur la technique et la technologie...

Ce qui amène à nuancer le «  pourquoi  » de l'une et de l'autre : Dans le cas de la science, les raison s qui provoquèrent les comportements d'observation des premiers hominidés dans le but d'agir sur le milieu , et qui débouche aujourd'hui sur la science, étaient intéressés et immédiates. Aujourd'hui l'existence de la science repose sur les nécessités de l'industrie.
La philosophie qui est une réflexion sur la réalité d'un point de vue très général, est à priori motivée par la simple curiosité, la simple envie de comprendre, sans motivation intéressée au plan personnel ni au plan présent. Et je pense que si la question «  pourquoi la philosophie  » est souvent et préalablement posée à tout autre question, c'est probablement qu'on en voit pas immédiatement l'intérêt. C'est que d'une manière sous-jacente, un bon nombre d'entre nous ont du mal à concevoir la notion de motivation sans celle d'intéressement. Et c'est le fait de fonctionnements égocentriques.

Mais qu'est-ce qui peut amener parfois cette curiosité désintéressée, ce désir de comprendre ? On peut imaginer que cela fasse partie de nos gènes. Il est en effet probable que l'être humain, tel qu'il est arrivé à ce stade d'évolution, a en lui le désir de comprendre. Et l'incompréhension des choses est une insatisfaction qui amène le malaise. Je pense également qu'étant tous au départ des êtres instinctifs et égocentriques, nous dépassons ce stade de par probablement la conscience, à un moment donné, de la relativité de notre existence présente en regard de l'humanité et de l'avenir. Il y aurait donc ce mécanisme freudien de «  sublimation  ». Mais certains êtres vont plus loin que d'autres dans leur évolution personnelle; d'autres en restent à des stades plus intéressés… Les difficultés de la vie, les nécessités de se battre dans la société pour se maintenir économiquement s'opposent à ces évolutions individuelles.

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