la raison - proverbes
Raison - Philosophie

02/03/08

Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point
(Pascal)

Cet ancien adage est des plus connus et des plus cités. Pourtant, il ne me parait pas être des plus justes…

> D’abord on joue ici avec l’emploi du mot « raison » à deux sens différents, et on crée ainsi cette confusion: « Le cœur à ses raisons… » signifie que les comportements sentimentaux et amoureux ont des « raisons d'être », des « motifs », propres aux êtres, alors que « …que la raison ne connaît point » signifie que l’ « esprit rationnel » (la « Raison ») ne peut les comprendre, les pénètrer, ou ne les considère pas..
> Ensuite, le sens principal au quel fait référence cette deuxième proposition correspond à une idée répandue et réductrice de la Raison confondue avec « pragmatisme ». La Raison confondue avec le comportement « raisonnable » (au sens courant (1)) accorderait la priorité aux considérations pratiques et viserait à résoudre uniquement des problèmes au plan pratique. Les motivations d’ordre psychologiques et sentimentales seraient donc hors du champs de considération. Et l’esprit rationnel (ou la Raison) serait un esprit «  étroit », ou « borné » (2)…

Mais la Raison étant (dans le principe) la faculté de comprendre (et donc de juger et de distinguer le vrai du faux), ET SI ELLE EST SUFFISAMMENT DEVELOPPEE, l’esprit de raison ne peut qu’être le plus à même de comprendre le fonctionnement des êtres et donc leurs motivations, les « raisons » de leurs actes et comportements... Mais il s’agit bien entendu du comportement analytique de recherche de compréhension et d’objectivité (au sens d‘usage (3)). Et ce n’est pas celui que l'on a au moment où l'on « fonctionne » sur le mode émotionnel, pris dans un système de relations et d’échanges où dominent les sentiments et les émotions...

1) Différent du sens philosophique dans «  L’homme est un animal raisonnable »

2) Mais son inverse, l’ « esprit ouvert » (l'« ouverture d’esprit »), n'est pas un esprit doté d’une capacité de compréhension plus large, mais d’une tendance à la subjectivité (3) et à la réceptivité aux idées du moment…

3) Le sens d’usage du mot « objectivité » est approximativement la conformité de l’idée ou de l’affirmation à son objet. La « subjectivité » est son inverse, avec l’idée que ce serait le fait de l’influence de ses sentiments et de ses émotions (objectivité et subjectivité).