Philosophie de la raison
24 février 2009 - modifié 10 août 2009

Fétichisme et « fétichisme »

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Au cours d'un échange de mails avec une amie psychologue je maintenais que le fétichisme était quelque chose de parfaitement normal et viable chez l'être humain. Elle me disait que c'était un " fantasme infantile " persistant chez l'adulte, et le TLFI le qualifie de " perversion sexuelle "…

Tout d'abord: comment se présente ou se manifeste le fétichisme (sexuel!)?
C’est un attachement érotique sur des objets ou une partie du corps, ou encore une matière, et la recherche d’une satisfaction sexuelle à leur vue ou à leur contact…

Mon expérience personnelle comme mes constatations sur les autres, m’avait amené à penser que cela s'inclut dans un phénomène un peu plus large et qui consiste à investir d'un contenu émotionnel (donc et entre autres érotique), positif ou négatif, des objets des personnes des parties du corps, ou d'autres choses; également des sons, des voix, des odeurs, des mots…. Investir un objet ou une partie du corps (ou autre) d'un contenu érotique revient au même que d'investir d'un contenu émotionnel quelque chose qui jouxte quelque chose d'autre que l'on aime, que l'on déteste ou qui nous effraie.
Ainsi et par exemple les passionnés d'activités sportives ou autres, prennent plaisir aux préparatifs (vacances, expédition) et avec le matériel (pratiques sportives, photographie (1)). Et le plaisir (« fétichiste ») de l'achat et de la préparation du matériel, puis de sa manipulation, renforce, intensifie le plaisir de l'activité elle-même. De la même manière, mais dans l'autre sens j'éprouve personnellement une répulsion pour les cérémonies, le matériel, les ambiances qui accompagnent la mort...
Et si j'éprouve une attirance particulièrement forte pour les femmes féminines habillées élégamment, et que les éléments féminins lorsqu'ils sont empruntés par les hommes me répugnent (2), c'est que j'ai été dans les années 50/60, un enfant rêveur fasciné et fortement attiré par certaines femmes, et qu’à cette époque presque toutes se conformaient à leur identité de l’époque.
Compte tenu de tout cela et a priori, j'attribuerais ce fonctionnement psychoaffectif au fait d'une grande sensibilité (fait de la petite enfance?). Et c’est parfaitement viable; le plaisir du baiser, des caresses sur le corps et sur les cheveux, et même le plaisir des mots relève de ce même phénomène. La valeur émotionnelle de la cérémonie du mariage en dépend aussi. Supprimons tout ce qui peut s’apparenter au fétichisme, et la sexualité humaine se réduira à une copulation ne permettant qu’une simple satisfaction animale, au lieu de la réalisation d’un rapport amoureux se nourrissant de fantasmes et de plaisirs.


Mais mon amie me disait plus exactement que le fétichisme était dû à un fantasme infantile  attribuant un pénis à la mère. Le fantasme persistant chez l’adulte, le fétichiste s’attache à un ou des objets alors censés « figurer » le « pénis maternel ». J’avais bien évidemment et aussitôt trouvé cette interprétation non seulement surprenante, mais totalement saugrenue. Lorsque nous parlons de « fétichisme », ou fétichisme sexuel, dans l’usage, nous pensons à des fantasmes spécifiquement masculins et concernant la poitrine et les jambes, et également les chaussures et la lingerie féminine. Et la signification phallique ici m’était apparue pour le moins cocasse!
Suite de la discussion et réflexion >>>

Pourtant il s’avère qu’il s’agit bien d’une thèse de Sigmund Freud (3), permettant de classer le fétichisme parmi les paraphilies. Mais il s’agirait de quelque chose de totalement différent de la démarche d’attribuer un contenu érotique ou émotionnel à des « choses » qui est le fait d’une particulièrement grande sensibilité. Et le fétichisme sexuel pathologique ayant la même apparence, il y aurait ici une confusion entre deux phénomènes: l’un pathologique, l’autre viable et sain. Et cette confusion nous amènerait à considérer un phénomène viable comme une pathologique !


Enfin, le fétichisme pathologique ne pourrait-il pas être le même phénomène sain au départ mais devenu excessif. Car bien que les définitions « officielles » des concepts de « maladie » et de « pathologie » ne contiennent pas cette idée d’ « excès », dans les faits, un grand nombre de choses considérées comme normales provoquent des états pathologiques lorsque leur importance dépasse certaines limites. Ainsi et par exemple le « poids » - ou « charge pondérale »-. On peut être « fin » ou bien « rond » ou « enveloppé », cela fait naturellement partie de chacun et de chacune, tout comme la personnalité. Mais les excès de poids ou de « maigreur » constituent des états pathologiques préjudiciables pour la santé en bien des points de vue…

GG

1) Le fétichisme perdu de la photo argentique
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2) Car le fait que des hommes s’affublent d’éléments féminins (sérieusement ou pour se moquer) tend à détruire la spécificité féminine ressentie de ces éléments et donc leur pouvoir émotionnel érotique. La répulsion des hommes affublés d’éléments féminins est donc une réaction de défense, de protection de cette valeur émotionnelle érotique.
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3) Selon wikipédia, le savant voyait dans l’angoisse infantile de la castration puis dans la découverte de l’absence de pénis chez les filles, l’origine du fétichisme sexuel: « Selon sa théorie, un garçon, découvrant pour la première fois qu'une personne du sexe féminin (sa mère par exemple) ne possède pas de pénis, fait un transfert sur un objet inanimé qu'il verra au même moment[2]. Le fétiche constitue ainsi un substitut du phallus manquant de la femme. Cet objet lui sera alors nécessaire dans le futur pour avoir une satisfaction sexuelle. »
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