Philosophie de la raison
11 mai 2008

L'Intuition vs la Raison ?

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> L’intuition
> Perceptions partielles et subjectivité
> Pourquoi « un sixième sens » et pourquoi le « paranormal » ?
> Mais là, il y a deux suites possibles...
> L’intuition ou la Raison ?

L’intuition

J’ai eu l’occasion d’assister fortuitement et pendant quelques minutes à une émission télévisée consacrée à l’intuition. Dans les différents propos tenus par les participant(e)s, il fut question de « sixième sens » et de « paranormal ».
Une participante relatait ceci: étant petite, et lors d’un voyage en voiture avec ses parents, alors qu’ils traversaient une forêt elle eu l'intuition qu'un animal allait traverser la route. Elle en fît part à ses parents. Peu après un animal traversait brusquement devant la voiture...
Mais cela est-il si mystérieux ? Doit-on pour cela imaginer ce fameux sixième sens ou y voir des phénomènes paranormaux ?
Dans le cas présent il est bien plus simple et plus pertinent d’imaginer, comme le fit remarquer, je crois, un psychothérapeute participant à cette émission, que la petite filles avait peut-être vu (sans le remarquer – consciemment-) un panneau mentionnant ce danger. Peut-être aussi avait-elle été témoin de scènes, ou entendue des récits lui apprenant que dans les régions forestière il y avait toujours des risques d'animaux sauvages sur la route; sa conscience aurait occulté, ou oublié cela, mais pas son inconscient…
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Perceptions partielles et subjectivité

Cette anecdote se prête bien entendu à des explications très simples. D’autres récits font état des faits apparemment beaucoup plus inexplicables ! Mais je pense qu’un observateur capable d’une grande objectivité (au sens d’usage) et d’une impartialité suffisante, ainsi que doté d’un sens aigu de l’observation, remarquerait probablement des détails révélateurs que les personnes relatant ce genre de faits ne remarquent pas.
Et c’est en ce sens que, confronté à ce type de récit, ma remarque fut toujours « je demande à voir… » ou « j’aimerais voir ». Et cela, non pas parce que « je crois à ce que je vois » (1), mais pour cette raison, à savoir qu’il y a probablement toujours des choses, des éléments occultés (non relatés, non remarqués par le narrateur) et successibles de nous permettre d’expliquer les phénomènes prétendument mystérieux…
Et lors de mes demandes de pouvoir assister à des scènes « mystérieuses » pouvant êtres répétées (spiritisme par exemple), je n’ai curieusement jamais pu y assister. Il me fut répondu plusieurs fois que ce type de phénomène ne se manifestait qu’en présence de ceux qui y croient! Ce qui signifie clairement une première choses: une personne non prédisposée à occulter tout ce qui serait susceptible de permettre de comprendre, n’est pas la bienvenue! Egalement, et sachant qu'il faut « croire » pour voir les choses qui confirment ce que l’on croit, ce ne peut donc être que le fait même de « croire » qui induit des visions, ou tout au moins une certaine manière de voir, et qui nous fait occulter toute observation susceptible d’introduire un doute. Autrement dit, nous voyons les choses comme nous avons envie de les voir. Et c’est PRECISEMENT ce qui constitue la « subjectivité » (au sens d’usage) qui est la non-conformité de l’idée ou de l’affirmation à son objet du fait d’éléments émotionnels ou d‘idées pré-établies.

De la même manière également, lorsque nous avons l’intuition que des faits vont se produire, il se peut que par la suite ces faits se produisent ou ne se produisent pas. Et là, certaines personnes se souviennent lorsque les faits pressentis se sont produit, et oublient lorsqu'ils ne se sont pas produit…

Et dans tous les cas, la présence de personnes trop observatrices, trop pertinentes , trop « rationnelles » n’est pas souhaitée. Cela se comprend…
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Pourquoi « un sixième sens » et pourquoi le « paranormal » ?

Pourtant, l’intuition me paraît être un fait, une réalité. Mais pourquoi la confondre avec le paranormal? Pourquoi imaginer ce mystérieux « sixième sens » !?
Cherchons plutôt à essayer de comprendre : avoir l’intuition de quelque chose, c’est « sentir » cette « chose », qui est en générale une idée (2) qui n’est pas le résultat (apparemment) d’observations et de raisonnements. L’hypothèse la plus vraisemblable est alors que la l’intuition pourrait être une démarche parallèle à la démarche de raisonnement, mais au plan inconscient : nos sens nous permettraient de percevoir beaucoup plus de choses que ce que nous remarquons et/ou retenons. Et nous le garderions en mémoire, mais sans en être conscient. Nous établirions des relations entre les différents éléments mémorisés, mais sans les mots, et inconsciemment. Le résultat en serait des « sensations », des « pré sentiments » dont nous ne pourrions expliquer l’origine.
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Mais là, il y a deux suites possibles...

Ou bien nous en restons au stade intuitif ; et nous constatons que ces « idées résultantes » s’avèrent parfois justes ou parfois fausses. Certaines personnes dites particulièrement intuitives aboutiraient plus souvent que d’autres à des « choses exactes »…
Ou bien l’ « intuitif » inconscient finit par aboutir à une conscience relativement claire de la part de réalité concernée : d'abord, nous nous efforçons de comprendre ce que nous pressentons. Nous avons cette impression d’ « avoir quelque chose sur le bout de la langue »; ce qui traduit bien cette impression d’avoir la sensation de quelque chose mais que nous n’arrivons pas à définir clairement et verbalement… Puis, à condition de le vouloir vraiment, et donc de faire l’effort suffisant, nous avons soudainement conscience de ce que nous présentions.
Dans les faits, c’est souvent un petit détail, une chose perçue, que nous nommons « déclic » et qui semble déclencher cette prise de conscience soudaine. L’anecdote la plus connue montrant cela serait celle de la pomme de Newton…
Autrement, cette deuxième « suite », ce second comportement consisterait à faire devenir conscient quelque chose qui est inconscient. Et c’est à mon sens spécifiquement humain; l’animal ne cherchant pas ce passage…
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L’intuition ou la Raison ?

L’intuition nimbée de mystère se voit attribuer la caractéristique d’une supériorité sur la Raison.
Cela repose sur une réalité ; la démarche intuitive serait beaucoup plus ancienne (à l’échelle de l’histoire du vivant) que la démarche de Raison (la démarche raisonnée, consciente). Elle serait donc plus rôdée, apparemment plus « efficace ». Mais :
- ces mécanismes de « raisonnement inconscients » ne sont pas contrôlés par notre conscience (qui est « nous même »). Et le monde de l’inconscient étant peuplé en même temps de toutes nos pulsions et émotions, celles-ci peuvent interférer à notre insu. Ce qui mène à la subjectivité.
- la pensée (consciente, donc !), la Raison, est apparue excessivement récemment (à l’échelle de temps de l’histoire du vivant). Du fait de cette extrême jeunesse elle est probablement aujourd’hui encore trop succincte car insuffisamment développée. Mais elle est notre avenir. Elle notre moyen de combattre cette subjectivité (sens d’usage) généralisée et génératrice de toute incompréhensions et comportement mentaux erronés. A la différence de ce que nous dit le poète, l’avenir de l’Homme (c’est à dire les hommes et les femmes) est la Raison. Et si ce n’était pas le cas, alors, l’Homme n’aura pas d’avenir.

Dans tous les cas elles ne sont pas antinomiques: les grands scientifiques, les « savants » de renom et du passé ont toujours eu des intuitions. Mais a la différence du plus grand nombre, ils ont été au-delà de leurs intuitions (Einstein)…
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1) Cela m’a toujours valu que l’on me prête ce cliché, cette image de « l’incrédule qui ne croit que ce qu’il voit », et qui est en fait la projection de schémas de fonctionnement mentaux des personnes même qui se livrent à cette interprétation si peu pertinente, et restent réceptives à ce qu’elles voient , ou croient voir. Comme je le pense depuis longtemps, la crédulité comme l’incrédulité étant l’une comme l’autre le résultat d’un manque d’habitude à la pensée, à la réflexion. Retour

2) … qui est dans le cas présent l’idée un événement qui va survenir. Retour


GG

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