Philosophie de la raison
05 septembre 2007

Economie capitaliste, croissance et pollution

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Une émission diffusée sur « France 2 » pendant l'été 2006 et sur le sujet de l’écologie, la dégradation de l’environnement, de l’épuisement des ressources et du changement climatique, regroupait des personnalités – dont le photographe Yan Artus Bertrand et la ministre de l’environnement- . Au cours du débat il fut proposé un certain nombre d’idées dont par exemple l’encouragement des énergies renouvelables, l’optimisation de l’habitat individuel, encouragement de la voiture électrique etc. Toutes ces solutions préconisées aujourd’hui et dont certaines sont déjà en œuvre (énergies renouvelables, recyclage et tri sélectif) sont bien évidemment absolument nécessaires. Mais ce ne sont que des mesures d’urgences ; et apparemment personne ne semble aujourd’hui vouloir considérer le fond du problème…

Constatons d’abord trois choses à mon sens essentielles :

>> Toutes les politiques « de droite » comme « de gauche » ont un objectif commun et prioritaire : le maintien de la croissance. Sacro-sainte Croissance qui lorsqu’elle n’est plus suffisante induit crises économiques avec tous les problèmes sociaux et la misère de pans de populations que cela amène.

>> Quelques chiffres clés (1) pour visualiser l’évolution démographique : en milliards :
1600 - 0,5
1800 – 1
1900 – 1,7
2000 – 6
2050 -- (prévus) 9

Remarquons ici que le début de l’augmentation fulgurante du nombre de terriens démarre à peu près au milieu du 19ems siècle / début 20éme. Autrement elle coïncide avec le capitalisme industriel, ou encore l’économie de marché.

 
>> Sachons enfin que ce que nous appelons la croissance inclus (ou implique ?) la croissance de toutes les quantités; entre autres celle de la production et de la consommation (globale et par habitant).Également la croissance démographique est une nécessité pour la santé du système économique.

En regard de ces quelques faits, il paraît évident qu’en voulant fuir les crises économiques nous nous condamnons à une augmention sans fin de la production et de la consommation par habitant ainsi que de la population. Les comportements individuels induits par cette société de consommation sont aujourd’hui caricaturaux. Les personnes ne se rendent absolument plus compte des quantités d’énergie nécessaires colossales utilisées pour nos déplacements continuels. Le monde est magique ; il suffit d’une simple pression exercée sans effort sur une pédale d’accélérateur pour se propulser avec son véhicule de 800kg de 0 à 50km/h par exemple… (Alors qu’un minimum d’observation et de réflexion devrait normalement permettre d’imaginer, comparé à la force humaine, l’énorme quantité d’énergie nécessaire) Également nous sommes sursaturés de biens de consommation et les fabricants pour produire et vendre encore et encore rivalisent d’ingéniosité pour créer de plus en plus souvent des quantités invraisemblables gadgets totalement inutiles, jouant sur le snobisme le conformisme et les effets de mode pour leur renouvellement. Et comment pouvons-nous penser sérieusement résoudre durablement nos problèmes de pollution et d’épuisement des ressources par de simples mesures tel que le recyclage et les énergies renouvelables , mais sans remettre en cause cette mécanique économique et la croissance continuelle et sans fin qu’elle implique !?
Dans son fameux livre « L’utopie ou la mort » (E du Seuil 1973) René Dumont disait :
Irresponsables, littéralement, seraient ceux qui persisteraient à ignorer celle des conclusions du club de Rome qui me paraît irréfutable : une croissance exponentielle de la population et de l’industrie ne peut durer indéfiniment, ne peut plus se prolonger bien longtemps, dans un monde fini. On peut doubler une production industrielle en 10 ans, le Japon a fait mieux. Mais doubler chaque décennie, pendant un siècle, multiplie une production par 1024. Pendant deux siècles… (faites le calcul !). Sur quelles bases matérielles ?
Il est temps d’accepter de réfléchir sur le fond du problème. De n’importe quel bord politique que nous soyons nous ne pouvons plus ne pas voir qu’une économie reposant sur la propriété privée (d’individus ou de groupes) la capitalisation et la concurrence n’est plus possible même à moyen terme.


L'argent est en principe un moyen d'échange ; et celui provenant de la vente de la production sert précisément à la consommation de cette production. C'est l'ensemble de la société humaine qui produit et consomme. Mais il se trouve qu'une partie de ce flux d'argent est constamment capitalisé. La partie utilisable pour la consommation est donc à tout moment insuffisante pour écouler cette production. Autrement dit, globalement et en circuit fermé, notre système économique ne nous permet pas d'acheter tout ce que nous produisons.
Dans ce schéma la seule solution imaginable est le crédit : nous empruntons (au capital?) pour pouvoir consommer suffisamment; mais comme nous sommes redevables nous devons par suite gagner plus, et pour cela produire et vendre plus. Nous emprunterons de nouveau et devrons gagner encore plus et donc produire encore plus…

Si ce schéma excessivement simple paraît loin de notre réalité économique mondiale infiniment complexe, produire et vendre plus pour gagner plus du fait d'un endettement permanent (de toutes les entités), et gagner toujours plus pour consommer plus, est bien le grand principe à la base de nos économies nationales et des échanges internationaux.

Le maintien de la machine économique exigeant une augmentation sans fin de la production et de la consommation et donc également du nombre de consommateurs productif, cela a toujours poussé à encourager la natalité. D'où l'augmentation démographique exponentielle de ces deux derniers siècles. Conséquence perverse de l'augmentation permanente de la natalité; une proportion toujours insuffisante de productifs.

Au plan international, les pays industrialisés profitent des matières premières et de la main d'œuvre bon marché des autres pour produire et vendre mieux chez eux. Mais c'est au détriment de leur emploi. Et si produire à moindre coût peut favoriser la consommation, la dégradation de l'emploi produit l'inverse.
Ces autres pays qui constituaient le « tiers-monde » sont aujourd'hui des pays « en voie de développement » et des pays sinistrés tel que ceux du continent africain (*). Et logiquement aux « politiques à vue » des pays riches, on voit maintenant dans ces pays (ceux en « en voie de développement ») de nouveaux débouchés pour les exportations.
Mais cela n'est valable qu'à moyen terme, car lorsque la planète ne comprendra plus que des pays « développés » avec peut-être encore des pays sinistrés donc inexistants au plan économique, nous serons alors et mondialement dans le cas de figure « circuit fermé ». Et là nous ne seront plus confrontés à des crises économiques récurrentes mais l'impossibilité pure et simple de continuer


Au final et concernant les problèmes de pollution, si toutes ces mesures d'urgence préconisées sont absolument nécessaires pour avoir des chances d'éviter les grandes catastrophes écologiques (que le monde scientifique prévoit), il est par contre excessivement dangereux de croire qu'elles peuvent suffire et nous éviter une remise en cause totale de notre système économique. Elles ne peuvent que repousser un peu plus l'échéance d'un chaos généralisé et d'une planète sinistrée.


GG

1)Chiffres très approximatifs établis à partir de différentes sources dont Wikipédia
2) « L’Afrique noire est mal partie » René Dumont Le Seuil 1969
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