Philosophie de la raison
02 octobre 2007 / complétée 28 octobre 07

L’hygiène

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La perte du sens de l’hygiène encouragée

Du mois de mai à la fin août 2007 et pour la deuxième fois s’est tenu une exposition à la cité des sciences de Paris appelée « crad’expo ». Elle fut annoncée par une affichette présente dans les rames de métro parisien et sur toute la durée de l’exposition. Sur cette affichette s’imposant avec  insistance  au regard des voyageurs, une fillette l'air effronté et « fouraillant » un doigt dans son nez, avec un « PROUT ! » écrit en très gros. Nous pouvions lire également « la science impolie du corps humain », l’ensemble, graphisme-couleurs et photo, résolument "dissonant". À chaque fois que je montais dans une rame et me retrouvais face à cette image, j’avais l’impression d’une régression infantile étalée effrontément, revendiquée publiquement -- « bite merde gros caca boudin prout ».
Une telle exposition sur les crottes de nez ou les excréments, une visite guidée avec vidéo du gros intestin -- la poubelle du corps humain --, donne matière à réflexion. Car que peut valoir une telle présentation et/ou une telle communication dans une époque où la tendance est à la contestation systématique du « vieux monde » et de ses valeurs moralisantes, entre autres celles qui sont en rapport avec l’hygiène ? « Le caca c’est sale », « il ne faut pas mettre les doigts dans son nez », « il faut toujours se laver les mains avant et après manger », ou « il faut mettre la main devant sa bouche quand on tousse » etc. Tous ces interdits, ou ces obligations, qui nous ont pesé, et qui, intériorisés et poussés à l’extrême débouchaient sur des phobies.

Une réflexion à partir des raisons de cet état de choses du passé eut été plus nécessaire. Ou peut-être indissociable ?

Ces raisons étaient à mon sens et principalement de nous protéger des maladies en des époques où l’on ne connaissait pas encore la médecine scientifique, et où l’on ne possédait pas de médicaments efficaces…
Aujourd’hui nous avons tout ça. Également une Sécurité Sociale… Alors ! Pourquoi nous encombrer de « manies » et de « tous ces vieux trucs » ! Il y aurait pourtant une bonne raison ; le manque d’hygiène allié à une fragilisation de l’espèce humaine est en train de provoquer une sur consommation de médicaments et notamment des antibiotiques, lesquels n’étant de surcroît pas toujours utilisés de manière ad hoc. Et cela provoque ce phénomène alarmant de l’adaptation des germes aux médicaments, et donc de l’inefficacité croissante des antibiotiques.
Les comportements de moins en moins hygiéniques sont à mon sens un des résultats de cette contestation irréfléchie de l’ordre moral ancien. Également et faisant partie de cette contestation,  parmis des chapelets d’idées reçues et « simplistes », celle que c’est (uniquement) le manque de confrontation aux germes et aux maladies, ainsi que la consommation de médicaments qui provoquent l’affaiblissement de nos organismes.

Or qu’en est-il exactement?
Les animaux n’ont effectivement pas notre hygiène ni nos phobies. Ils n’ont pas non plus notre médecine ni nos médicaments. Et ils semblent être bien mieux résistants que nous. Mais si l’on y réfléchit suffisamment, l’explication la plus satisfaisante est la sélection naturelle. C’est-à-dire le fait que les individus les moins adaptés meurent et donc / ou ne se reproduisent pas. Ne se reproduisent que les mieux adaptés. En rapport avec les défenses naturelles, ne se reproduiraient donc que ceux qui possèdent les meilleures défenses. Au final ce serait l’élimination des plus faibles qui permettrait aux individus d’une espèce de préserver leurs défenses.

Mais la réflexion élaborée et pertinente n’étant pas dans « l’air du temps », une croyance répandue est que ce serait l’unique fait du contact avec la « saleté » qui permettrait de posséder des défenses supérieures. Or si on ne peut nier que la confrontation des organismes avec des germes plus ou moins nocifs est nécessaire pour la formation des anticorps, ne peuvent résister que les êtres génétiquement résistants, ou, assistés « médicamenteusement ». Un manque d’hygiène ou des comportements non hygiéniques généralisés, ne peuvent donc que provoquer la surconsommation de médicaments, et entre autres d’antibiotiques ; de là ce problème de l’augmentation de la résistance des germes *.

L’incompréhension des problèmes et l’inadéquation des comportements ici comme dans d’autres domaines, va dans le sens inverse de celui de leur résolution. Nous pouvons le voir par cette recrudescence de maladies d’importance variables. Les pathologies des voies respiratoires dans nos villes sont dit-on, favorisées par la pollution due aux automobiles. Mais il est bien probable que les miasmes s’exhalant de nos trottoirs répugnants, maculés d’excréments canins étalés, y soient aussi pour quelque chose.
En voyant des personnes en tenues stériles (avec leurs sur-chaussures) en train de fumer sur un trottoir parisien et devant l’entrée d’une clinique privée, je ne pus m’empêcher de penser qu’il n’y a vraiment pas lieu de s’étonner devant l’apparition des maladies nosocomiales.
Je me souviens égalent, dans une rue de Paris, de cette jeune femme coréenne menant deux jeunes enfants à l’école. Je vis son air dégoûté et désespéré devant les enfants qui, malgré son cris d’avertissement, marchaient droit dans sur une zone d’excréments fraîchement étalés. En regardant la scène je remarquais que les enfants évitaient par contre les flaques d’eau (propre)…

GG

*) Par ailleurs et à l'inverse de ce que beaucoup semblent le croire, la prise de médicaments ne nous fragilise pas directement. C’est la médecine scientifique efficace alliée à nos valeurs humanitaire plaçant la protection de la vie au-dessus de tout, qui et comme je viens de l'expliquer, en ayant donc rendue caduque la sélection naturelle, a provoqué la fragilisation de l’espèce. Ici la solution ne peut être que dans l’intervention de la génétique avec tous les risques de dérives possibles dans un monde aux consciences trop faibles…
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